Livre XII (Danièle Robert)

La guerre de Troie

 

Ignorant qu’Esaque était vivant et possédait des ailes, Priam son père
Le pleurait. Sur une tombe vide qui portait son nom, Hector
Et ses frères lui avaient également rendu les honneurs funèbres :
Pâris n’était pas présent pour ce triste devoir.
Peu après, à cause de l’épouse qu’il avait enlevée, il apporta à sa patrie
Une longue guerre ; mille vaisseaux le poursuivirent,
Ainsi que l’ensemble du peuple des Pélasges ligués contre lui.
Leur vengeance n’aurait pas été différée si la fureur des vents
N’avait rendu la mer impraticable, les bateaux prêts à partir
Etant revenus à Aulis la poissonneuse, en terre béotienne.
Alors qu’ils préparaient, selon des coutumes ancestrales, des offrandes
A Jupiter, au moment où les flammes allumées embrasaient
L’autel antique, les Danaëns virent un serpent bleu ramper
Le long d’un platane qui se trouvait tout près du lieu du sacrifice.
Il y avait un nid au sommet de cet arbre, et huit petits oiseaux :
Le serpent les saisit et, avec eux, leur mère qui voletait
Autour de sa nichée condamnée, et il les avala gloutonnement.
Tous furent frappés de stupeur, mais un augure infaillible,
Le fils de Thestor, dit alors : « Nous vaincrons ! Réjouissez-vous, Pélasges,
Troie tombera, mais il nous faudra endurer de longues souffrances. »
Et il assimila  les neuf oiseaux à autant d’années de guerre.
Le serpent qui, dans l’arbre, serrait dans ses replis les jeunes branches,
Fut pétrifié et cette pierre en forme de serpent est intacte. (METAMORPHOSE)

 

Le sacrifice d’Iphigénie

 

Nérée demeure violent dans les eaux d’Aonie ;
Les forces armées sont bloquées et il en est pour croire
Que Neptune, parce qu’il a doté la ville de remparts, protège Troie.
Ce n’est pas le cas du fils de Thestor : il n’ignore ni ne tait
Que le courroux de la déesse vierge doit être apaisé
Par le sang d’une vierge. Le roi ayant sacrifié son amour paternel
A l’intérêt public, alors qu’Iphigénie, sur le point d’offrir sa chaste vie,
Se tenait devant l’autel au milieu des prêtres en pleurs,
La déesse fut désarmée : elle voila leurs yeux d’un nuage
Et, au milieu de la cérémonie, de la foule et des prières du sacrifice,
Elle mit, dit-on, à la place de la Mycénienne une biche.
Ainsi, lorsque Diane est enfin calmée par cette mort
Qui lui agrée et lorsque, parallèlement à Phoebé, la mer renonce
A sa colère, les mille vaisseaux ont le vent en poupe
Et après tant de maux supportés, abordent sur la côte phrygienne.